Lille : On a visité une exploitation de culture de cannabis

Il y a 2 mois 80

Dans une petite commune de la Métropole européenne de Lille (MEL), une exploitation agricole d’un genre particulier s’est installée il y a un peu plus d’an an. Pas de vache, de pieds de maïs ou de patates, non. Mais, bien abrités dans les vastes serres d’une ancienne roseraie, poussent désormais de foisonnants pieds de cannabis. Rien d’illégal cependant dans la démarche des propriétaires des lieux, le chanvre qu’ils cultivent amoureusement servant à fabriquer différents produits à base de CBD. 20 Minutes a pu visiter ce lieu discret, sinon secret.

L’ancien exploitant de ces quelque 10.000 m2 de serres y cultivait des roses jusqu’à l’aube de ses 80 ans, il y a deux ans à peine. Le terrain, près duquel il habite toujours, il ne souhaitait le céder qu’à des Ch’tis. Et lorsque Thibaut Devault, Paul Bleuchot et Antoine Alibert ont débarqué avec leur projet de faire pousser un tout autre type de fleurs que des roses, l’octogénaire n’a même pas moufté. « On n’a jamais eu de problème, ni avec le maire de la commune, ni avec les autres agriculteurs. Au contraire même », assure Thibault Devault. Et pourtant, dès que l’on approche des serres, l’odeur omniprésente ne laisse aucun doute sur le type de culture qu’elles abritent.

« La variété que l’on cultive ici s’appelle ''Charlotte'' »

Enfin si justement, parce qu’en termes de parfum, rien ne différencie le cannabis THC du cannabis CBD. Ce dernier, qu’on ne présente plus, est décliné sous de nombreuses formes par les deux entreprises (Tilyo et Green Exchange) qui ont monté Agrican, un groupement d’intérêts économiques (GIE). « La variété que l’on cultive ici s’appelle ''Charlotte'', du nom d’une enfant américaine dont la consommation de CBD a calmé les crises d’épilepsie », explique Antoine Alibert, le patron de Tilyo.

Si les produits dérivés du CBD ne peuvent obtenir de label bio, le chanvre d’Agrican, lui, l’est bel et bien. A tel point qu’en lieu et place de pesticides, les exploitants élèvent eux-mêmes des insectes pour chasser les nuisibles. « Il n’y a pas de cadre légal autour de cette culture, sauf pour le taux maximal de THC admis. C’est à nous de mettre nos standards très haut, d’assurer la meilleure traçabilité possible pour obtenir la qualité qui fera la différence auprès des consommateurs », reconnaît Thibaut Devault.

Une culture très énergivore

Concrètement, Agrican sort entre 3 et 4 récoltes chaque année pour un volume global compris entre 2 et 2,5 tonnes. Le gros de la production est vendu sous forme de fleurs, ou têtes, séchées. Une partie peut aussi subir un procédé d’extraction pour obtenir le « crude », une matière brute très concentrée en CBD et cannabinoïdes. C’est notamment avec le crude que l’huile de CBD est fabriquée. Pour Antoine Alibert, « l’huile est le produit qui a le plus de valeur ajoutée dans notre métier ».

La culture du chanvre, à l’instar de celle de l’endive ou de la pomme de terre, n’est pas épargnée par l’augmentation du coût de l’énergie. « Il faut 1.500 lampes à sodium de 600 watts chacune pour éclairer les serres, sans compter le chauffage qui se fait au gaz actuellement », confie à 20 Minutes l’un des employés de l’exploitation. Un gouffre, d’autant que le chanvre doit bénéficier d’une photosynthèse de 13 heures par jour pour éviter une floraison précoce. Alors Agrican passe progressivement à l’éclairage LED et compte investir dans une pompe à chaleur. Heureusement, le chanvre à CBD est plus rentable que l’endive, mais moins que le chanvre THC thérapeutique. « A installation quasi identique, on est environ sur du x10 avec le THC », estime Thibaut Devault.

Lire la Suite de l'Article